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La Compagnie a 10 ans !

lundi 4 février 2013

Mesdames, Messieurs, C’est officiel, la Cie Une de Plus a dix ans ! Jeune compagnie, c’est fini ! Un bilan : Pleins de spectacles créés, Trois tourne toujours et la Greluche est notre avenir ! 2012 est l’année la plus remarquable : dans le panel des émotions, nous sommes passés par les abysses en Guyane et le paroxysme au Danemark, tout en passant par des émotions plus douces dans le Pays de Gex et bien d’autres. Voici un résumé de cette année qui est à marquer au fer rouge.

L’année commence par une semaine de résidence non-officielle chez Gilles et Valérie (Schpouki rolls) pour la nouvelle version du Théâtre de la Greluche. Pas de dossier, pas de rendez-vous, juste un coup de fil et, trois semaines plus tard, nous voilà en communauté à Plougasnou. Mille mercis à Gilles et Valérie.

La Guyane : une destination qui peut paraître idéale… la chaleur tropicale, la végétation débordante, le début de la forêt amazonienne… Nous entrons dans le bagne où était détenu Papillon, un lieu chargé en histoires peu glorieuses pour le système judiciaire français. Nous sommes accueillis par une équipe vraiment antipathique, bouffeuse de subventions, avec laquelle il sera impossible de communiquer durant tout notre séjour. Nous rentrerons choqués d’un tel festival qui aura ébranlé toutes nos expériences en matière d’accueil de compagnie mais aussi de public. Heureusement, nous aurons fait de belles rencontres avec toutes les autres compagnies qui appréciaient autant que nous l’ambiance au bagne.

Pays de Gex : la tournée en pays de Gex nous a permis de nous reconstruire moralement après le bagne. Le festival « Tôt ou T’arts » est organisé par l’incroyable équipe du centre socioculturel « Les Libellules ». Durant une semaine, nous avons joué Trois et respiré le bon air de la montagne pour finir en apothéose dans un quartier populaire de Gex, un jour de finale de match de foot : gros score pour le festival « Tôt ou T’arts » et les arts de la rue qui l’emportent sur le foot avec des jauges énormes ! Bravo, Bravo, Bravo…

2012 nous a permis de grandir : nous avons décidé d’arrêter le spectacle « Juré-craché » qui nous a usé durant trois ans, mais qui nous a tout de même permis d’être sélectionnés au festival Vivacité de Sottevilles-les-Rouens. Du coup, nous y avons joué Le Théâtre de la Greluche deux fois par jour au lieu d’une. C’est vraiment jubilatoire de jouer ce spectacle dans un festival aussi renommé, de voir que le bouche à oreille fonctionne très vite. Nous sommes partis de la Haute-Normandie confiants pour l’autre festival renommé : « Chalon dans la rue ».

À Chalon, nous faisions partie du collectif des Docks. Nous avons investi un lieu improbable avec une dizaine de compagnies, un resto spectacle, une équipe déco, une costumière, deux chapiteaux… Une bonne recette pour réussir un festival dans le festival. Nous avons tous eu de bonnes jauges sans les débordements du centre ville. La grande surprise de ce collectif était le spectacle Avollo, une merveille parmi les merveilles, deux heures de voyage incroyable sur un cargo, avec les odeurs de pétrole, la pluie, une musique endiablée, et une vingtaine de comédiens-régisseurs au cœur d’une magnifique machinerie. Nous nous envolons pour l’Asie, la tête remplie de bonheur (et de contacts bien sûr).

Taiwan semble devenir une destination annuelle pour la Cie Une de Plus. Nous y sommes accueillis comme des rocks star (hôtel luxueux, taxi, guide pour les visites, invitation dans les musées…) et cette fois-ci, Trois a joué sur une grosse scène devant plus de 3000 personnes, spectacle retransmis sur grand écran et diffusé sur les chaînes nationales. On ne fait pas les choses à moitié avec l’argent du gouvernement ! Il faut savoir qu’ à Taiwan les projets artistiques sont commandités par le gouvernement qui fait un appel d’offre auprès des entreprises pour l’organisation des festivités. Pour ce festival, la ville de Taipei avait édité un cahier des charges bien précis dans lequel était stipulé qu’il fallait inviter la Cie Une de Plus… c’est la classe ! Si un jour on paie trop d’impôts en France, on demandera la nationalité taiwanaise à nos amis du gouvernement !

A peine atterris à Paris, nous voilà dans le fourgon pour deux jours de route vers le Danemark LA TOURNEE DANOISE. La pleine lune, le premier soir. Gitte, son mari, sa sœur, sa fille, sa mère, son gendre nous accueillent à bras ouverts. On ne se connaît pas encore que déjà on sent beaucoup de bienveillance. Affairée, car la tournée commence le lendemain, Gitte nous laisse pour préparer l’équipement des chevaux. À 18 heures, un repas végétalien nous attend sur une belle table éclairée par quelques bougies. Une légère timidité ambiante, nous mangeons presque en silence, mais celui-ci n’est pas pesant, plutôt réconfortant. Beaucoup de sourires et de courtoisie simple, quelques traductions danoises pour les mets dégustés et une lichette de whisky pour remplir la moitié de la tasse de café. La lune frôle le bord de la fenêtre. Nous y sommes, nous ne le savons pas encore, mais le cercle est né. Nous rencontrons le reste de la troupe le lendemain, à Viborg, petite ville dans le nord de la péninsule danoise. Sous une humidité qui n’étonne pas les bretons, environ une vingtaine de personnes s’affairent autour des chevaux. Des sons d’accordéons, de violons, de hennissements et de danois se mélangent pour nous mettre dans une belle ivresse. Ce jour-là, nous jouons en ville. Nous visitons le centre avec Gitte pour trouver le meilleur emplacement pour Trois. Nous trouvons enfin un parking pour installer notre parapluie géant. Durant ce temps, le reste de la troupe déambule pour attirer les badauds vers notre spectacle. Nous jouons devant une centaine de spectateurs, nombre qui nous semble faible mais qui enthousiasme les danois (Il faut savoir qu’au Danemark, la population est de cinq millions de personnes sur la totalité du pays !) Deuxième nuit, nous nous endormons tous ensemble dans la salle du théâtre, sur des matelas installés dans tous les recoins de la pièce. Après l’hôtel de Taïwan, cela semble très rustique ! Troisième jour : levés à 7 heures, gros petit-déjeuner, préparation des bagages, attelage des chevaux, nettoyage de la chambrée et du champ pour enfin être prêts à partir vers 10h30 avec les roulottes et les calèches. Cette tournée fantasmée depuis le premier mail de Gitte en février commence, nous voilà dans les calèches. Nous faisons une courte pause pour le déjeuner : une carotte, un concombre et c’est reparti. Il va falloir que les petits français s’accordent avec ce mode d’alimentation. À l’approche de la future étape, chacun enfile son costume, sort les instruments, prépare les programmes à distribuer. Nous entrons dans le village en chanson, les filles dansent pour mener toute la troupe, et il y en a du monde : des gens se sont déjà greffés à la caravane ! Tout le monde sourit, tout le monde chante : un pur moment de bonheur au son de la musique traditionnelle danoise. Nous arrivons près du lac de Dollrup, un lieu digne du Seigneur des Anneaux, un lieu où, dit-on, de gros lapins protègent la forêt. Pour les petits français, la déambulation semble être aussi un autre langage. Nous n’avions jamais expérimenté la parade, mais nous découvrons petit à petit qu’au Danemark, elle unit la population toujours heureuse d’entendre de la musique. Pour le moment, nous ne faisons qu’observer cette étrange marche en transe du reste de l’équipée. Le soir, accordéon, violon, chants…à la lumière des deux pleines lunes. Une belle fête à l’ambiance des films de Kusturica. Et nous voilà repartis : la routine se met en place : tous les trois jours, on repart… déjeuner, attelage, paquetage et route… pour une nouvelle destination. Avec les chevaux et la caravane, nous faisons en moyenne une quinzaine de kilomètres, l’impression de parcourir le monde entier. Trois heures de marche, beaucoup de temps pour soi et les autres, le temps de jouer de la musique, le temps d’écouter, de regarder la belle nature danoise, et surtout de découvrir tous les membres du groupe : Helle, Elisabeth, Miriam, Marie Louise, les danseuses, Ole, Stephan, Henrik, Ann, Charlotte, Jeremy, les musiciens, Gitte pendue au téléphone sur son cheval,… et tous les autres. La définition de « routine » pourrait bien coller avec la marche des chevaux. Le rythme des sabots est au besoin notre horloge, le rythme de la musique, routine qui devient ritournelle, routine qui devient la base de notre vie danoise, routine qui nous permet de changer de lieux, de lits, de public tous les trois jours. Dans chaque village, un ou deux spectacles se jouent, toujours précédés d’une parade. Nous ne jouons pas à chaque étape, ce qui nous permet de voir les spectacles des autres mais aussi de préparer le spectacle final. Le projet de Gitte est de faire une représentation en fin de parcours avec une spectacle écrit le long du chemin. Nous associons nos idées tous les jours pour créer des personnages, des musiques, des chants… L’histoire sera celle des gens du voyage : la route, les chevaux, les rencontres, les amours, les fêtes, les défaites, la mort, le rêve, la solidarité et tout cela avec du français, du danois et du polonais. Du polonais, car la famille polonaise de Jacek nous a rejoints à mi-parcours. Une famille incroyable : trois fils musiciens, une fille comédienne, la mère percussionniste et le père accordéoniste endiablé. Le mois d’août passe au rythme du cycle lunaire. Les longues marches à côté des chevaux façonnent nos corps, nos rides et nos pensées. La bienveillance du groupe est au service de chacun. Chaque ville ou village est un lieu inoubliable. Le spectacle « Vanderlyst » se peaufine au fil des jours. Fin Août, la lune est de nouveau pleine. Nous arrivons à l’avant dernière étape. Des coureurs, des cyclistes, de vieux tracteurs, de vieilles voitures de collection nous accueillent ; nous faisons un bout de chemin ensemble. Les gens sont sur le pas de leur porte pour voir le défilé qui n’a jamais été aussi long. Les enfants du village suivent la caravane. Nous sommes tous attendus pour une magnifique fête de village. Un banquet, un spectacle, un bal populaire… c’est simple et magique à la fois, toutes les générations sont réunies pour une seule chose : le plaisir de s’amuser ensemble. Nous clôturons cette soirée par un moment d’osmose à quinze dans une caravane, à danser, chanter, boire, se mordre… la vie… Et tant d’autres aventures… La tournée danoise fut une aventure bouleversante durant laquelle nous avons trouvé une nouvelle famille, un nouveau cercle. Mais aussi une autre façon de voir les arts de la rue.

La Cie Une de Plus est née en 2003 avec le spectacle « Trucmoche et Poiltordu », un spectacle jeune public : le premier spectateur était Yffic Cloarec accompagné de sa petite famille. Aux vieilles charrues, est né le Théâtre de la Greluche, un spectacle d’ 1mn 59s : la première personne à qui j’ai demandé de regarder le spectacle était Yffic. Les premières représentations du Théâtre de la Greluche version longue se sont déroulées à Plouguerneau : Yffic et sa petite famille étaient là. En 2005, nous avons créé « Trois », Yffic nous a dit : « Vous allez faire le tour du monde avec ce spectacle ». Nous faisons le tour du monde avec ce spectacle. Yffic nous faisait notre site internet. Quand nous avions des problèmes informatiques, Yffic était toujours là. Yffic nous a accompagné au Pays-Bas lors d’une tournée. Et tant d’autres choses… Yffic nous a quitté. Yffic tu nous manques.

  • Le 15 janvier 2014 à 12:06, par Anouk

    Yffig l’avait dit aussi ? Chouette, j’ai toujours su que les sensibilligents savaient s reconnaître Et il manque, vraiment…
    ça fait du bien de vous lire, ça ferai du bien de vous voir aussi !
    Je vous embrasse
    Deizh ha bloaz laouen dit les gars !

    Anouk

    Pour rappel, si vous cherchez des gens et un lieu pour vous inspirer un nouveau trésor, des récoltes de paroles autour des thématiques familles , solidarités, inclusion, lutte contre l’isolement, lien, toussatoussa, je vous attends !! En attendant, je vous embrasse :P

  • Le 16 septembre 2013 à 14:02, par Chtou

    Quel plaisir à cette lecture…
    Bravo à vous les gars, et belles tournées à venir, loin des bagnes et proches des hommes !

    Bise complice

  • Le 19 février 2013 à 12:25, par Rachel Malot

    Bravo les garçons , je suis admirative de ce beau parcours … je vous ai vu et regardé cheminer….vous avez grandi, et baladé vos sourires sur les routes…je suis restée une spectatrice discrète et vous envois mes bravos …
    Rachel

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