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Lettre d’info du mois de mars 2010 : Taïwan !

dimanche 21 mars 2010

Nous n’y croyons toujours pas ! Nous avons joué "Trois" à Kaohsuing, deuxième grande ville de Taïwan, invités par la directrice générale des affaires culturelles du comté de Kaohsuing.

Venant à peine d’atterrir à Taipei, nous avons plongé dans les méandres de l’administration taïwanaise. Quatre heures pour récupérer notre nouveau décor au fret. Nous sommes passés de bureau en bureau pour que chaque secrétaire fasse signer notre carnet ATA au chef du bureau concerné, qui lui aussi avait un chef qui avait son mot à dire… et tout ça en chinois ! Après 13 heures d’avion, le chinois c’est du… chinois,. Pas un seul mot d’anglais, mais beaucoup de sourires, ce qui arrange beaucoup de choses (L’administration française devrait faire des stages là bas).

Ensuite, cinq heures de taxi pour rejoindre le sud de l’île.

Devant notre hôtel, un traducteur nous accueille et nous conduit vers nos chambres respectives. Il nous explique en chemin que ce n’est pas un hôtel, mais un temple bouddhiste. Un temple des plus modernes, avec des écrans plasma à chaque étage pour retransmettre les cérémonies religieuses filmées au dixième étage avec plusieurs cameras et micros ! Des bouddhas ventripotents partout, qui semblent être un bon présage concernant la nourriture bouddhiste, présage qui se vérifiera par la suite. Cela nous laisse une image très moderne du bouddhisme et pose une bonne couche de poussière sur le catholicisme.

Après avoir bien dormi, bien mangé (végétarien évidemment), nous nous rendons dans un ancien centre militaire qui commence à être réaménagé pour devenir un espace culturel : le lieu du festival. Une équipe technique féminine nous accompagne pour le repérage :

  • l’espace scénique : OK, mais pas top, nous aurions préféré jouer devant les magnifiques arbres du parc,
  • le son : OK, au top de la technologie,
  • la lumière : OK, mais nous n’en aurons pas besoin puisque qu’on joue de jour,
  • la loge : OK.

Puis arrive le check de notre fiche technique :

  • les cartons : ETRANGES ! Pour les initiés et les pros du carton, nous jouons en général avec des cartons de différentes tailles récupérés dans les magasins. Le transport et les manipulations de ces cartons usagés font qu’ils acquièrent une certaine souplesse pour faire des cascades. Ceux du festival à Taïwan : des cartons tout neufs, tous de même taille, avec une triple épaisseur !!! Guillaume, notre cascadeur professionnel, décide de faire avec, bravo champion !
  • Le sable : ETRANGE ! Dans notre spectacle, nous avons besoin d’un kilo de sable. Normalement nous jouons avec du sable blanc, très fin, de la pointe du Finistère. Mais il est interdit d’affréter du sable non traité. A Taïwan, nous proposons donc de récolter nous-même la quantité de sable nécessaire à l’occasion d’une petite promenade sur la plage, On nous répond que le sable est la propriété de l’état et qu’il est formellement interdit d’en voler sur la plage ! Nous sommes donc réduits à jouer avec le sable d’aquarium que le festival nous fournit (dommage pour notre petite tradition de répandre le sable du Finistère sur nos tournées).

Le lendemain, premier jour de jeu.

Nous montons le nouveau décor, en espérant que rien n’ait disparu durant le voyage. Nous commençons à réaliser que nous sommes à l’autre bout du monde pour présenter ce spectacle conçu au fin fond du pays Pagan ! Je dois avoué qu’une petite larme est tombée sur le sol taïwanais.

Une traductrice vient nous présenter le déroulement de la matinée :

Vers 10h commence une parade avec tous les artistes du festival (Parade à laquelle nous échappons sans problème car nous jouons une heure plus tard, YES !). 11h, arrivée du gouverneur et de la presse, puis présentation de notre spectacle. La traductrice nous en demande la durée : « 35 minutes ». Elle nous répond que c’est trop long, qu’il faut raccourcir. Nous lui expliquons que c’est impossible. Elle nous demande de ne jouer qu’un extrait, « Ce n’est pas possible - Seulement 10 minutes - Pas possible - Seulement pour la presse et le gouverneur ; ce sont les images qui seront diffusées à la télévision. » Nous lui expliquons qu’il n’est pas possible de faire un extrait, qu’il faut voir tout le spectacle. Après une discussion acharnée, mais toujours avec le sourire, nous arrivons à une solution : nous allons parler du spectacle avec notre décor en rotation en premier plan durant 10 minutes.

La première représentation est à 15H30. Nous replaçons notre décor, et préparons tout le nécessaire. Premier problème : le sable ne s’écoule pas, il est trop grossier. ZEN, il y a certainement une solution !?! Pendant que l’équipe technique discute (toujours en chinois), nous continuons. Deuxième problème : une soudure du décor casse. ZEEEENNNN. Il faut rester ZEN. Nous jouons dans une heure, et Guillaume doit se préparer dans une demie heure. Je propose une solution à l’équipe technique : « Prenons une branche bien droite d’un des arbres du parc, et avec du fil de fer, ça tiendra », mais même la branche appartient à l’état ! L’équipe technique discute encore, et encore… Nous, nous avançons sur notre montage… Puis revient une des techniciennes, en sueur, avec un sac de sable fin qu’elle a réussi à trouver le premier jour du nouvel an chinois, (semaine durant laquelle tout est fermé !). Premier problème réglé. Mais reste cette soudure, et encore une fois, trouver un poste à souder durant le nouvel an chinois relève de l’impossible… il ne nous reste que 40 minutes… Un technicien revient avec un gros tasseau qu’il a réussi à négocier. Allez ! Au boulot ! du scotch, du fil de fer, nous redressons le décor, verdict : ça à l’air de tenir mais nous n’avons pas le temps de faire un essai….

Le spectacle commence devant près de 1500 personnes ; il y a une unité dans ce public, pas d’individualisme, tout le monde est ensemble comme connecté au même cerveau. Les premiers instants du spectacle sont ponctués de respirations communes, d’applaudissements chaleureux. Nous nous sentons portés par ce public. La représentation se passe à merveille (même avec la tension due au nouveau décor).

En Europe, à la fin du spectacle, les gens viennent nous poser pleins de questions, mais à Taïwan, c’est 45 minutes de photographies avec la maman, le papa, le papi, la mamie, les enfants, les copines… et pas une seule question, seulement des sourires.

« Trois » semble être un spectacle vraiment international.

Au cours d’un café un peu officiel mais pas trop, Dr Lee Chien Chi, directrice générale de la culture, nous dit qu’elle est enchantée d’accueillir un spectacle occidental qui touche autant les asiatiques. Beaucoup de gens lui ont posé des questions sur notre spectacle, ont cherché des réponses. Nous lui annonçons qu’il n’y a pas une réponse mais plusieurs, et que chacun peut se faire sa propre interprétation. Elle nous parle de l’éducation des enfants à Taiwan, où l’on apprend aux élèves qu’il n’y a qu’une seule réponse à une question !

  • Le 11 avril 2010 à 22:22, par Isa

    C’est trop bien de vous voir et de vous savoir si loin !!! Profitez bien !!! Quant à Taïwan et aux asiatiques, on aimerait savoir si l’heureux(se) élu(e) a réagi comme les occidentaux que nous sommes ? Vu de derrière vos masques l’émotion a-t-elle la même couleur ???
    Quant au sable nous allons dire à M’sieur Le Maire que vous volez les services de l’Etat Breton… Gare aux jumelles.. Certains se sont faits prendre pour quelques ormeaux… Big bisous de nous 5

  • Le 9 avril 2010 à 22:01, par Yffic

    Bravo… Même si vous m’avez raconté une partie de l’histoire de vive voix, c’est pas pareil de la lire…

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